Paris, le 10 mars 2016 – Lors de sa réunion de ce jour, la Banque centrale européenne a créé la surprise en abaissant son principal taux directeur à 0 %, un niveau inédit afin lutter contre la déflation dans la zone euro. Elle a également annoncé une baisse de son taux de facilité de dépôts à – 0,40 % ainsi que l’extension de son programme de rachat d’actifs. Ces mesures exceptionnelles devraient inciter les banques à prêter davantage mais leur efficacité pourrait toutefois être affaiblie par le renforcement des contraintes de fonds propres imposé par le Comité de Bâle et la préconisation de favoriser la distribution de prêts à taux variables…

Des mesures théoriquement positives mais qui pourraient peser sur la rentabilité des banques

Alors qu’on ne s’y attendait pas, la BCE a abaissé son principal taux directeur de 0,05 point à 0 %, un niveau jamais atteint. Elle a également abaissé de 0,10 point son taux de dépôts - déjà négatif depuis juin 2014 - qui tombe ainsi à -0,40 % afin d’inciter les banques à prêter au lieu de placer leurs liquidités au sein de l’Institution. Autre mesure de taille : la BCE a annoncé le renforcement son programme de rachat d’actifs (Quantitative Easing) le portant à 80 milliards par mois. Cette action forte et inattendue confirme ainsi la volonté de Mario Draghi, président de la BCE, d’agir face au risque de déflation dans la zone euro et de faciliter la reprise économique en Europe en relançant le crédit, mais pourrait à terme peser sur la rentabilité des banques.

« Théoriquement, cette nouvelle baisse généralisée des taux de la Banque centrale européenne est une très bonne nouvelle qui devrait conduire à de nouvelles baisses des taux de crédit. Mais dans les faits, ces mesures pourraient peser sur la rentabilité des banques : en effet, si dans un contexte de taux très bas les banques parviennent à dégager des marges convenables via le crédit en refinançant les prêts qu'elles accordent à des taux nuls, elles ont de plus en plus de mal à gagner de l'argent avec les liquidités de leurs clients qu'elles replacent, tout en rémunérant cette épargne à des taux plus élevés… » explique Jérôme Robin, président et fondateur de Vousfinancer.com.

Vers un durcissement des normes prudentielles qui pourrait affaiblir les mesures de la BCE

Si les mesures exceptionnelles prises par la BCE devraient inciter les banques à prêter davantage, l’impact de celles-ci pourrait être affaibli par les recommandations du Comité de Bale qui pourraient réduire les marges de manœuvre des banques en matière de distribution de crédits.

En effet, le Comité de Bale souhaiterait contraindre les banques à renforcer leurs fonds propres pour limiter les risques liés à l'octroi des prêts les plus "tendus" - c’est-à-dire avec peu ou pas d’apport - ce qui augmenterait le coût de ces crédits pour les banques, les incitant à en réduire la distribution.

« Si la Banque centrale met en œuvre tous les moyens dont elle dispose pour relancer la croissance en incitant les banques à prêter davantage, l’impact de sa politique, malgré ces mesures exceptionnelles, pourrait être contrebalancé par les recommandations du comité de Bâle qui vont, à l’inverse, dans le sens d’une dégradation de la distribution de crédit en raison de l’alourdissement des contraintes imposées aux banques et du coût ainsi engendré » explique Sandrine Allonier, directrice des relations banques de Vousfinancer.com.

En outre, ce contexte de taux de refinancement très bas relance le débat sur la possible disparition du modèle de distribution français à taux fixes. Le Comité de Bâle préconise en effet une distribution de crédit à taux variables afin de transférer le risque de remontée des taux à l’emprunteur et non plus aux seules banques. Or compte tenu de l’aversion des Français pour les prêts à taux variables, la distribution de crédit serait fortement impactée par un tel bouleversement.

« Malgré des taux de refinancement nuls, les banques doivent actuellement résoudre une équation compliquée : prêter davantage mais avec des contraintes prudentielles qui pourraient être renforcées, capter davantage d’épargne à un coût relativement élevé et maintenir une rentabilité garantissant la pérennité de leur activité tout en restant compétitives  » conclut Sandrine Allonier.

 

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